Ecrire un roman de fantasy 10: le méchant doit-il être très méchant?

Il y a quelques années, cette question n’aurait eu aucun sens. Les livres des années 70 nous ont servi des scénarios aux visions manichéennes, Tolkien en tête de liste, et les films n’ont pas fait mieux. Mais voilà! Depuis une dizaine d’années, l’émergence des séries télévisées (avec HBO et Netflix) a fait apparaître un nouveau genre de protagonistes. Les héros ont une part d’ombre et les méchants sont en demi-teinte. Résultat: les romanciers ont du s’adapter!

Des nouveaux méchants

Aujourd’hui, les lecteurs ne veulent plus de ces antagonistes assoiffés de sang et sans pitié que rien n’arrête. Sauron le noir aurait difficilement sa place dans une nouveauté. Ou alors, il faudrait expliquer clairement les raisons de sa haine. Mais pourquoi est-il aussi méchant!!!

Toutefois, le méchant doit annoncer la couleur. Il est prêt à tout pour atteindre ses objectifs et c’est justement ce qui le rend si dangereux. Il va piller, tuer, violer, asservir….tout ce que fait un bon méchant. Cependant, il est intéressant de lui offrir une humanité. Pour ce faire, une bonne technique est d’utiliser les flash-back ou d’inciter le méchant à se remémorer son passé. Éclairer le lecteur sur l’enfance ou la jeunesse de ce personnage enrichira grandement votre scénario. Il engendrera soudainement une autre relation entre le lecteur et votre méchant. Il bouleversera ses préjugés et offrira un point de vue extérieur. L’objectif est susciter une émotion bien dosée pour que lecteur penche l’espace d’un instant du côté obscur.

Dans cette situation, le plus difficile est encore de rester…ben oui…cohérent! Si votre méchant a été battu étant enfant, il y a peu de chances qu’il reproduise ce même schéma. En revanche, il pourra en vouloir aux enfants d’être heureux et cherchera à leur nuire, à les priver de ce bonheur. Un homme ayant connu une violente peine de cœur n’essaiera pas de se venger en plaquant une femme. Il voudra (attention, on parle bien de psychopathes!) se venger sur l’image de la femme. Il n’aura plus confiance en elle. Pour me documenter sur le sujet, j’ai acheté un livre sur la criminologie. Il m’est utile pour la nouvelle saga de fantasy que j’écrit actuellement. J’ai pu mieux cerner le profil des tueurs et l’adapter à mon roman.

Fouillez l’histoire de vos méchants

Regardez autour de vous! On connait tous des « gros cons », ces personnes antipathiques qui ne respectent rien ni personne. Maintenant, demandez-vous pourquoi elles se comportent ainsi? Est-ce que leur vie semble belle? Paraissent-ils heureux? Connaissez-vous leur passé? Étaient-ils proches de leurs parents? Ont-ils vécu un drame dans leur enfance?
Je suis un philanthrope dans l’âme. Je pense que l’humanité est fondamentalement belle, mais que la société nous pervertit. Votre méchant ne doit pas être méchant par pur plaisir. C’est creux. Ou alors il faut trouver une technique pour le faire accepter. Dans le Sort de Gaia, Louas a ce profil, car il possède un pouvoir incroyable et cela engendre chez lui un sentiment de supériorité et une lassitude qui le ronge. Il cherche simplement à se divertir. J’ai emprunté ce style de personnage aux mangas animés qui aiment mettre en scène un jeune homme méchant, fort et blasé de la vie. Ce look me plaît bien!
Il va donc falloir écrire le passé de votre méchant, trouver un élément qui l’aura conduit, par une suite de mauvais choix, à devenir un monstre. Il faudra être subtil et éviter les clichés de l’enfant battu. Je pense qu’il faut fouiller un peu plus. N’oubliez pas que c’est le méchant qui définit le héros. Sans lui, le personnage principal n’aurait aucune raison d’exister. Essayer donc de le rendre exceptionnel, même dans la pitié qu’il suscitera lors des divulgations de son passé. 

Nul n’est parfait!

Enfin, il est intéressant de dévoiler ses faiblesses. Il faut laisser filtrer habilement quelques informations. Si votre méchant favorise une servante, elle représente alors une faiblesse. S’il est attaché à un petit objet du passé, s’il dissimule un acte de bonté, s’il a un tic dès qu’il commet une action répréhensible, toutes sortes de petites choses qui pourraient laisser entendre que le méchant possède encore une âme. Il faut suggérer et non montrer du doigt grossièrement. C’est certainement l’aspect le plus délicat pour un auteur. On souhaite parfois trop en dire, impatient de dévoiler le trait de caractère d’un personnage. Mais n’oubliez pas qu’un romancier écrit pour être lu et donner du plaisir. 

En bref! Le méchant très très méchant disparaît peu à peu des histoires d’aujourd’hui, les lecteurs lui préférant un monstre avec une âme. Et il faut avouer que c’est plus intéressant pour les auteurs!

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