Ecrire un roman de science-fiction 10: dystopie et personnages féminins

Depuis quelques années, la science-fiction a vu un nouveau courant arriver: la dystopie. Fort de personnages féminins charismatiques, ce genre visant clairement un public young adult a su se refaire une place au sein de la SFFF grâce à deux séries: Hunger games et Divergente.

Dystopie et space opera

Bien que les deux courants soient très différents, ils ne sont pas pour autant incompatibles. Bien au contraire, il pourrait être intéressant d’explorer les deux genres dans un même roman. Je m’explique!

hunger gamesLa dystopie est désormais bien assimilée et l’univers contre-utopique que nous servent les films adaptés des romans se ressemblent beaucoup. Hunger Games, Divergente, Le labyrinthe ont insufflé un vent de fraîcheur sur un style déjà bien visible avec Equilibrium, Bienvenue à Gattaca, Le fils de l’homme ou encore Time out et The island.
Cependant, utiliser ce concept, où le peuple est privé de ses libertés et par déduction du bonheur, dans un univers intergalactique n’a jamais encore été réalisé. Ou alors très rarement si on omet le fameux Blade Runner. Il faudrait maintenant trouver un bon compromis pour lier privation des droits et malgré tout gigantisme spatial.
Je pense qu’il faudrait dans ce cas-là opter pour un monde partagé en le post-apocalypse et une société de survivants sur plusieurs planètes ou systèmes solaires. A méditer…

Les femmes au pouvoir!

C’est dans l’ère du temps. L’émancipation de la femme est pour ce siècle et il est normal que l’art en subisse l’influence. En fait, pour nous autres auteurs, c’est une réelle opportunité, car il nous est donné l’occasion de renouveler un peu la SFFF. Explorer des personnages féminins forts est un enjeu majeur.

Par contre, il ne faut pas faire n’importe quoi sous prétexte d’avoir un héros féminin. Il ne faut pas mentir sur les émotions propres au beau sexe ni même exagérer les compétences. Le fait de choisir une femme comme personnage principal ne la rendra pas invincible. Les lois de la physique ne sont pas soudainement déstabilisées par la dystopie. Une femme sera toujours moins forte (masse musculaire) qu’un homme et elle produira toujours moins de testostérone (60%, je crois). Pratiquant les arts martiaux, je trouve que les combats de Divergente sont totalement surréalistes (ou alors il aurait fallu mieux expliquer sa puissance). Au mieux l’héroïne aurait du utiliser la force de ses adversaires comme c’est le cas en Aïkido. Sur ce point, la saga Hunger Games a fait le bon choix. Katniss Everdeen évite les combats au corps à corps en se servant avec une extrême dextérité de son arc. C’est tout à fait cohérent.

divergenteCe qui est intéressant avec les personnages féminins, c’est la possibilité d’explorer des émotions sensiblement différentes de celles des hommes. Les préoccupations des deux sexes ne sont pas les mêmes et les réactions face aux situations complexes sont évidemment inégales. L’exploration d’une nouvelle psychologie, liée à la femme et à ses origines de mère ou tout simplement à sa place dans la société, s’avère alors un atout majeur pour l’auteur.

Comment se mettre dans la peau d’une femme?

On pourrait croire que la question ne se pose pas pour les femmes auteurs. Pourtant, croyez-vous tout connaître de votre genre? Personnellement, mon mode de vie m’empêche de comprendre les hypsters, les fans de Jul, les adorateurs de satan, les vegans, les hommes qui s’épilent, les traders ou toute autre personne du sexe masculin dont les préoccupations ne me touchent pas. Pour les femmes, c’est pareil! Il faut donc se tenir informer des tendances.

En traînant un peu sur les blogs féminins tels que Nous les femmes ou encore anti stress au féminin, il est possible de comprendre un peu mieux les attentes d’une certaine catégorie. Alors on se calme, car j’entends déjà les critiques comme quoi on ne peut pas mettre tout le monde en boîte. Déjà, les artistes ne se reconnaissent que très rarement dans le tout-venant. Et c’est normal! Toutefois, la société est organisée en communautés qui se reconnaissent et se comprennent. Sinon, les réseaux sociaux ne fonctionneraient pas autant…

Lisez donc quelques articles. Essayez de réunir des informations pour mieux cerner les préoccupations majeures, les courants qui ressortent et tentez d’en faire jaillir une idée qui servira votre héroïne. Ou qu’elle pourrait combattre! Après tout, la dystopie est avant tout un courant révolutionnaire.

2 commentaires sur « Ecrire un roman de science-fiction 10: dystopie et personnages féminins »

  1. No offense, mais à chaque fois que j’entends ou lis quelqu’un qui écrit dire que créer un personnage féminin permet d’explorer une façon de penser différente, j’ai envie de lui demander si créer son personnage noir plutôt que blanc lui permet d’explorer une façon de penser différente…On accord beaucoup trop d’importance aux différences entre les sexes…Sans vouloir être offensante ou malpolie, il faudrait que les hommes arrêtent de considérer que la femme est un être totalement à part douée d’une façon pensée mystérieuse et opaque sous prétexte qu’elles n’ont pas de chromosome Y…Le facteur individu importe beaucoup plus que le facteur sexe et vous remarquerez bcp plus de différences entre deux hommes qu’entre un homme et une femme…Personnellement, je ne me pose pas de questions quand je crée un personnage masculin (Mince, c’est un homme, comment pense-t-il ?), je pense que les êtres humains sont avant tout poussés par des données biologiques (manger, dormir, être en sécurité, être reconnu, être aimé…) et sur cela que je me base.

    Je suis d’accord avec vous sur un point en revanche, c’est que certains combats sont complètement irréalistes, mais dire que Divergente est féministe, il faut avoir fumé du lourd parce que de mon point de vue de femme, c’est même une sacrée insulte faite aux femmes (une fois de plus, mais c’est pas grave, on a l’habitude avec cette fiction complètement andro-centrée). Je pense aussi au film Rogue One que j’ai trouvé complètement irréaliste dans son désir de faire de Jyn un personnage fort (lorsque notamment elle se fait seule à mains nues tout un régiment d’hommes en armes…). Dommage comme vous le soulignez très justement qu’on insiste pas davantage sur des façons crédibles que peuvent avoir les femmes de se défendre (aïkido, auto-défense, ruse, rapidité…Que sais-je encore ?). Je pense qu’on essaie trop de faire de la femme un homme (parce qu’il est malheureusement le référentiel de base et dès lors, la femme n’est que la femelle, la version féminine de ce référentiel) sans prendre en compte leurs différences physiques cette fois qui elles existent bel et bien.

    Je voudrais seulement nuancer le propos selon lequel justement elles sont plus faibles physiquement : je dirais en moyenne oui, mais encore une fois cela dépend des individus. Etant joggeuse à mes heures perdues, il m’arrive de dépasser allègrement les hommes par exemple.

    Bref, je suis tombée sur votre article par hasard et je me permets de vous exprimer ma pensée, en espérant ne pas avoir été trop mordante…Bonne continuation

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  2. Merci pour votre commentaire tout à fait légitime.
    Toutefois, il y a peut-être quelques points d’incompréhension dans la lecture de mon article. Peut-être ne suis-je pas assez clair…

    Je n’ai jamais placé Divergente comme une saga féministe (j’ai relu mon article et ne vois pas comment vous avez pu comprendre ceci dans mes propos). Bien au contraire! Demander aux femmes d’imiter les hommes est purement misogyne et n’a aucun intérêt d’un point de vue scénaristique. Cependant, en tant qu’auteur, il m’est impossible de considérer femmes et hommes comme de simples individus. On ne peut nier les différences. Ce serait comme renier la nature et l’évolution. La cohérence du récit veut qu’un romancier étudie toutes les facettes des personnages et le sexe en fait partie au même titre que la forme physique, l’état psychologique, la vie passée, les objectifs…C’est comme avancer que l’âge n’a aucune importance ou que la beauté (selon les critères sociétaux) n’a pas d’influence. Bien sûr que ça compte! Tout compte! Et pour ne pas se perdre dans un récit (comme c’est le cas chez beaucoup d’auteur qui utilisent alors le deus ex machina pour s’en sortir), il faut préparer en détail chaque personnage pour rester crédible dans son évolution.

    Pour ce qui est de la force physique, je me rends compte que je n’ai pas assez détaillé, ce qui a provoqué une certaine confusion. Il est évident que l’endurance ne rentre pas en compte. Tout comme la résistance à la fatigue. Je parlais une fois encore des combats qui sont au centre des dystopies. Je suis pratiquant d’Aïkido et de Karaté (moins assidu). Ces deux arts martiaux sont diamétralement opposés dans leurs techniques et leur philosophie. Cependant, un point les réunis: la force demeure importante. Si on oublie les compétitions et toutes les techniques réalisées devant un maître ou un jury et qu’on se positionne dans un véritable combat, celui où plus personne n’obéit aux règles, le fort l’emporte très souvent sur le faible. Il faut posséder une grande maîtrise des arts martiaux pour qu’un homme de 60kg réussisse à vaincre un autre de 100kg dans un combat de bar. La morphologie des hommes et des femmes (en général) étant très différente, les combats sont naturellement inégaux. Seul le facteur stress (avec l’adrénaline ou la maîtrise de soi) permet d’influencer inversement cet état de fait.

    Pour illustrer cette différence, voici un fait courant généralisé: lorsqu’un homme est pris dans un conflit avec un inconnu (bousculement, altercation, regard insistant…), il va inconsciemment évaluer la force physique de l’autre, car il pense que le dénouement se fera dans un combat (et c’est rarement le cas). Il ne s’agit pas d’individu, mais bien de chromosome Y (et il n’y a aucune fierté à en retirer…). Les femmes évaluent-elles également la force physique de leur opposante? J’en doute. Par contre, pour avoir beaucoup questionné mes amies (qui on joué franc-jeu avec rigolade), elles avouent se comparer beaucoup aux autres femmes d’un point de vue courbes et silhouettes là où les hommes vont comparer les muscles. Est-ce alors un phénomène de société influencé par les magazines ou un héritage ancestral? Nombreux sont les mâles dans le règne animal qui se battent pour séduire ou pour un territoire! Et les femelles ne sont pas en reste (lionnes, chattes, singes…). Les sociétés matriarcales sont courantes: abeilles, orques, lionnes, hyènes…Peut-être est-ce notre mode de pensée qui nous a conduit là où nous en sommes aujourd’hui?
    C’est pourquoi je pense qu’il est important de prendre en compte la différence de sexe lorsqu’on créé son personnage sans y voir automatiquement une position de faiblesse de la femme. Tous les hommes ne sont pas misogynes! Il s’agit encore une fois d’une minorité pointée du doigt pour porter un mouvement. Quel que soit le choix du sexe et de son importance dans la création du personnage, il doit être justifié par une histoire, un passé qui explique sa position, des circonstances particulières, des événements majeurs. Le sexe peut ne pas avoir d’importance ou au contraire être un atout selon le scénario. Dans le cas d’une dystopie, il apparaît clairement comme un élément majeur puisque la triangulaire amoureuse est au cœur de l’histoire. La femme doit alors se conformer à un certain idéal ce qui rend les scénarios souvent plats.
    Pour découvrir un personnage de femme combattante réellement crédible, il faut regarder Terminator 2 (je sais, ça fait sourire!). Pourtant, la cohérence de Sarah Connor est vraiment sublime. Son histoire justifie parfaitement comment une femme lambda (de 50kg) peut devenir une guerrière asociale déjantée et impitoyable. Il en est de même pour Arya Stark et Cersei Lannister dans Game of Thrones. La transformation ne se fait pas en quelques jours comme c’est le cas dans de nombreux romans. C’est leur histoire qui les a transformées et elles ont fait des choix logiques et intelligents en fonction des limites imposées par la société: Sarah s’est fait aidée et s’est préparée au retour du terminator, Arya a joué la carte de la finesse meurtrière (protégée par le limier), Cersei celle de la duperie avec l’aide de son nom de famille. Dans un univers hostile, on ne pense pas à l’honneur, à l’égalitarisme ou au respect. On pense à survivre quitta à s’asseoir sur ses principes.

    Merci encore pour votre commentaire détaillé qui m’a permis de révéler un manque de clarté dans mon article.
    Et non! Vous n’étiez pas trop mordante. Demander à une auteure de lisser ses propos pour feindre la tempérance serait contre-nature. 🙂

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