Le rapport à la mort dans les romans

Quelle que soit sa forme, la mort est présente dans tous les romans. C’est elle qui motive inconsciemment les actions des personnages. Mais comment l’exploiter correctement ?

Lorsqu’on évoque la mort dans un roman, on songe immédiatement à un meurtre, un accident, une guerre. Pourtant, la mort peut prendre bien des formes et se révéler même salvatrice.

La mort physique

L’humanité n’y échappera pas ! Quelle que soit notre classe sociale, quel que soit notre intellect, nous devons tous franchir le seuil de l’autre monde pour accueillir la faucheuse. C’est justement l’aspect rédempteur de la mort. C’est ce qui fascine. Elle rétablit l’égalité entre les hommes.
Certes, les riches vivent plus longtemps que les pauvres. Mais à l’échelle de la vie – celle de l’existence fondamentale de la vie – nous sommes tous égaux. La mort ne se soucie pas de notre couleur de peau, de nos croyances, de nos qualités et de nos faiblesses. Elle se présente comme une amie et nous emporte.

Dans un roman, la mort physique est représentée par un assassinat, un combat singulier ou un accident. Elle est l’élément déclencheur ou l’aboutissement d’un récit. Selon le scénario, elle peut-être jouissive, l’avènement d’une vengeance, ou alors dramatique, l’accident à un proche. Quoi qu’il en soit, elle marquera un tournant dans l’histoire et engendrera de profonds changements chez les personnages.
MORT DEUILIl ne faut cependant pas se contenter d’une action d’éclat mortelle. Dans le cas d’une mort physique, le spectre doit être présent à chaque scène. Il ne doit jamais quitter le lecteur. Dans son roman Chanson douce (le Goncourt 2016), Leïla Slimani exploite dans les deux premières pages cette mort avec une description violente et marquante. Malheureusement, le récit retombe immédiatement et la mort ponctue seulement le récit comme des retouches sur un tableau. Elle n’est pas la toile de fond que j’attendais et c’est ce qui m’a profondément déçu. Ce roman me servira justement de base ou de mémo pour travailler chaque élément d’un scénario. Si la mort est le thème d’un roman, elle doit en être le personnage principal et non un simple figurant qu’on expose de temps à autre.

La mort psychologique

Dans les romans contemporains comme ceux de Laurent Gounelle, on assiste souvent à ces morts psychologiques. Le héros suit le cours de sa vie et un changement vient le sortir de sa zone de confort. Il l’extirpe de sa bulle et de ses habitudes. Peu à peu, le personnage va alors abandonner son ancien moi pour découvrir une nouvelle vie. On peut voir cela comme le phénix renaissant de ces cendres.

Cette mort psychologique est extrêmement intéressante, car elle ouvre le champ des possibles sur les protagonistes et leur entourage. En effet, lorsqu’une personne change, elle influence forcément ses proches. C’est inévitable.
Dans un roman, ce changement d’état se fera souvent pendant l’acte deux, c’est-à-dire après l’élément déclencheur et avant la prise de conscience de cette transformation. C’est donc étape par étape que le lecteur suivra l’altération de l’ancien moi et la création du nouveau.
On peut également constater ces profonds changements dans des récits plus sombres comme les thrillers. Le meilleur exemple est certainement Infernal affairs (repris sous le titre Les infiltrés par Martin Scorcese). Le policier infiltré dans la mafia est rongé par sa mission et le monde dans lequel il évolue. Sa mort psychologique est alors plus violente et le plonge dans l’obscurité. C’est une descente aux enfers fascinante.

La mort de cœur

Lorsqu’on subit un deuil, une rupture amoureuse ou une grosse déception, on se retrouve confronté à une mort de cœur. En effet, la douleur qui nous ronge est si forte qu’on sombre lentement dans la dépression. Cet état s’approche en apparence de la mort psychologique, car l’esprit dirige tout notre organisme. Pourtant, c’est bien le cœur qui saigne.

Dans les romans, les personnages doivent souvent affronter de telles peines et tenter de les surpasser. L’objectif du personnage est alors de sortir de cette léthargie pour réaliser que la vie continue. Seulement alors on pourra assister à une renaissance de l’être et un profond changement.

La mort par anticipation

La mort peut également être illusoire. Elle peut ronger l’esprit d’un personnage sans être réelle. La mort par anticipation est de celles-là ! Lorsque la peur motive nos actions, la mort s’immisce insidieusement et filtre dans chacune de nos pensées.

Les romans à suspens exploitent merveilleusement bien cette anticipation, générant chez les personnages – et donc chez les lecteurs – une angoisse tout au long du récit. Stephen King, le maître de l’épouvante, utilise avec brio ce procédé dans ces romans et notamment dans Shining où chaque scène porte en elle la symbolique de la mort.

La mort par procuration

Certaines personnes ne craignent pas leur propre mort, qu’elle soit physique ou psychologique. En revanche, elles redoutent parfois avec ferveur la mort de leurs proches ou d’une tierce personne dont les intérêts seraient liés à elle. Ainsi, cette mort par procuration offre un nouvel angle à exploiter pour l’auteur.

Dans les romans d’heroic fantasy, l’histoire met souvent en scène un élu sauveur du monde. Ce procédé hérité de la mythologie permet d’insérer la mort dans chaque chapitre, car ses proches, amis ou non, ont conscience des conséquences du trépas de l’élu. S’il meurt, tout s’arrête ! Ils vont donc frémir pour lui, s’inquiéter pour sa survie. Qu’ils l’aiment ou non, ils vivront par procuration tout au long du récit.
Le cas le plus révélateur est celui d’Aragorn un roi pourtant destiné à guider les hommes qui va mettre sa vie au service de Frodon. Il sera prêt à mourir pour lui et se sacrifiera à la fin (sans mourir) pour offrir un peu de temps à l’élu de la communauté.

La mort est bien plus qu’un simple concept, c’est une entité. Les bretons l’ont nommé l’Ankou, car leurs croyances avaient révélé ce lien incroyable qui unit les hommes.
La vie est un roman et la mort fait partie de la vie.

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