Ecrire un roman à quatre mains

Toujours dans l’objectif de partager davantage avec vous, j’ai décidé d’interviewer un duo d’auteurs assez particulier puisqu’ils écrivent à quatre mains. Ce procédé aussi original que complexe demande un travail de fond et une organisation assez incroyable que Laurie Godichot et Raphaël Nomézine ont accepté de nous dévoiler aujourd’hui.

Retour sur leur roman Éclats de vies

Salut à vous deux. Pouvez-vous vous présenter rapidement ?

RN : Salut Romain. Pour ma part, je suis fonctionnaire d’État dans la vraie vie, marié et heureux papa de deux enfants – Victoria, 11 ans, et Vincent, 3 ans et demi. Et écrivain touche-à-tout à mes heures. Mais plutôt ancré dans le réalisme et majoritairement nouvelliste.
J’écris depuis longtemps, ça doit remonter à mon adolescence. J’ai débuté par des poèmes « états d’âme » sans grande valeur, et puis en fac, je me suis mis à écrire un scénario délirant, pastiche du genre western, destiné à être joué avec ma bande de potes de l’époque. Ça ne s’est jamais fait, mais ma première histoire, déjà fortement inspirée de l’univers cinématographique, était née. Seulement, il me faudra encore attendre de longues années avant de me lancer réellement dans l’écriture de nouvelles, puis celle de romans.
En dehors de ma collaboration aux recueils de nouvelles « L’identité sexuelle en nouvelles » (auto-édition, non disponible) et « L’Ivre Coeur 2016 » (éditions L’Ivre-Book), de mon conte illustré (par Mÿmÿ) pour enfants « Épiphanie et le triangle magique » (indisponible depuis la fermeture de la maison d’édition numérique Booxmaker en 2014), cinq de mes ouvrages ont été édités par L’Ivre-Book, éditeur numérique à compte d’éditeur : un roman noir (polar/thriller), un recueil de nouvelles conceptuel, deux nouvelles indépendantes et une novella sentimentale contemporaine, issue de ma première collaboration littéraire avec Laurie.

LG : Bonjour à tous. En ce qui me concerne, je suis une jeune diplômée en droit de 25 ans, à la recherche d’un premier emploi, qui écrit pour s’évader du quotidien. J’ai commencé l’écriture par des nouvelles au lycée, avant de me lancer un peu plus tard sur une trilogie dystopique destinée aux adolescents, aujourd’hui en attente d’éditeur. D’autres projets en solo sont en cours, notamment un roman réaliste  »Mes rêves entre tes mains », cette fois-ci plus tourné vers un public de jeunes adultes. L’écriture en duo est venue par la suite. Après ma rencontre avec Raphaël sur un forum spécialisé dans l’écriture, nous avons rédigé ensemble une première novella sentimentale intitulée  »Éclats de vies », publiée chez l’Ivre-Book, avant de nous embarquer dans l’aventure du roman avec  »L’amour à tous les temps ».

Qu’est-ce qui vous a donné envie d’écrire à quatre mains ?

RN : L’opportunité s’est présentée sur le forum d’écriture que Laurie vient d’évoquer et que nous fréquentons tous les deux, par l’entremise d’un concours d’écriture à quatre mains. Et comme sur « adopteunmec.com », Laurie a lancé une OPA sur moi pour que je sois son partenaire… d’écriture (rire). On se connaissait déjà (virtuellement), mais la co-écriture nous a vraiment rapprochés, l’osmose entre nous s’est créée très vite. J’avais déjà co-écrit avec d’autres auteurs, avec plus ou moins de réussite, mais ça n’a jamais été aussi évident qu’avec elle. C’est hyper naturel entre nous en fait, on échange en permanence et ça coule tout seul. Alors après notre première expérience commune, on a très vite eu envie de renouveler la co-écriture ensemble. Parce qu’aujourd’hui, en tant qu’auteur, je ne me vois pas collaborer avec quelqu’un d’autre, l’entente étant tellement parfaite.

LG : Tout le monde sait que l’écriture est un acte très solitaire, alors lorsqu’on tombe sur quelqu’un avec qui l’entente est aussi évidente, parce que c’est vraiment le mot clé de notre rencontre, c’est une occasion à ne pas manquer. Nous avons commencé par un format nouvelle, avant de ressentir le besoin de développer notre première histoire en novella. Et aujourd’hui, nous voilà les fiers parents d’un roman. Je pense que notre prochain projet sera une encyclopédie, histoire de faire durer encore un peu plus le plaisir. Bon au-delà de la plaisanterie, je pense que ce qui motive l’écriture à quatre mains, c’est avant tout l’envie de partager. Partager une création, un travail, des émotions. Être réunis autour d’une même histoire et la faire avancer ensemble, c’est une fierté encore plus forte.

Comment décririez-vous votre relation auteur-auteur ?

RN : Entre nous, il y a d’abord de l’amitié et un profond respect. Le respect des idées, du travail de l’autre, de sa façon de voir les choses. Et ça passe forcément par l’échange, l’écoute. Il faut laisser de la place à l’autre pour ne pas qu’il y ait de frustration, il ne faut pas tirer toute la couverture à soi ni occuper tout le lit (rire).
L'ivre coeur 2016Mais on ne va pas se mentir, dans notre façon d’écrire (récit omniscient à deux voix), on incarne chacun un personnage qui cherche à séduire l’autre, donc à travers nos mots, on essaye nous aussi de se séduire mutuellement. C’est ça qu’on recherche, que ça plaise d’abord à notre partenaire, on attend fébrilement sa réaction, son sentiment, les émotions que ça lui procure… C’est particulièrement vrai dans l’écriture de scènes intimistes.
Et puis parfois, on fait chou-blanc, on ne séduit pas ou pas assez, il y a des trucs qui accrochent. Et là il faut accepter, la remise en question, les concessions. Ne pas avoir peur de se dire les choses. Comme dans un couple si on veut le faire durer. Mais avec Laurie, on est rarement en désaccord sur l’écriture, c’est pour ça que ça fonctionne si bien. Parce qu’on échange, on communique, on s’écoute.

LG : Je n’aurais pas mieux dit. Je considère vraiment Raphaël comme un ami proche, malgré les différences qui nous séparent. C’était assez improbable d’imaginer au départ qu’on puisse s’entendre : nous n’avons pas le même âge, n’habitons pas au même endroit, n’aimons pas les mêmes choses. Et pourtant, nos plumes sont devenues l’extension l’une de l’autre. Je ne me souviens pas avoir eu d’engueulades avec lui, mais beaucoup d’échanges, de discussions, des centaines d’heures de PAD et presque autant de mails. C’est comme écrire avec quelqu’un toujours penché au-dessus de son épaule, c’est rassurant et enrichissant. Ce qu’on vit est très particulier en fait, une sorte de relation épistolaire 2.0, comme notre duo.

Comment décidez-vous de la répartition des tâches ? Qui fait quoi ?

RN : La trame de l’histoire, le déroulement de l’intrigue, les rebondissements, les relations entre les personnages, leur caractère, on les définit ensemble. Mais dans l’écriture, comme nous créons des récits à deux voix, nous sommes chacun la voix (narrative) de notre personnage. Ce qui ne nous empêche pas d’intervenir sur la partie de notre partenaire au besoin.

LG : En ce qui concerne le point de départ, l’histoire en elle-même, l’un de nous lance une idée, l’autre rajoute son grain de sel, et ainsi de suite jusqu’à former un ensemble cohérent. C’est ce tissage de nos idées qui donnent la force à nos récits. Et pour ce qui est de la rédaction même du roman, l’un écrit sa partie, l’autre la lit et la corrige, puis on inverse. Nous avons chacun nos forces et nos faiblesses d’écriture, je suis plus à l’aise sur les parties narratives et Raphaël sur les dialogues, alors nous nous servons beaucoup de ces différences pour améliorer notre récit et apprendre l’un de l’autre.

Comment prenez-vous les décisions lors d’un désaccord ? Est-ce que l’un de vous tranche ?

RN : Les désaccords sont peu fréquents et portent généralement sur la forme : un mot, la construction d’une réplique ou d’une phrase. Parfois, l’explication de son auteur dans son intention peut changer notre perception de lecteur et finalement ne pas nécessiter de changement. Parfois non. Alors, on essaie de faire une contre-proposition qui plaît d’emblée ou non. On peut laisser reposer, y réfléchir et revenir dessus à froid. De toute façon, on trouve toujours une solution qui convient aux deux parties. Ce n’est jamais un passage en force, d’autorité. Il faut que ça convienne aux deux auteurs, impérativement. Pour que personne ne se sente lésé, pour qu’aucun des deux auteurs ne prenne jamais l’ascendant sur l’autre. C’est un rapport d’égal à égal. Sinon, ça ne fonctionne pas.

LG : Rien à ajouter. Puisqu’on vous dit qu’on est toujours d’accord…

Comment gérer vous la différence de style dans le récit ?

monsieur edouardRN : D’entrée de jeu, nous avons choisi un mode narratif (à deux voix) qui permet sans heurt et sans réelle concession l’expression de notre style propre dans nos parties respectives. Nicci French (deux auteurs distincts qui n’en font qu’un – un couple à la ville), Mary Higgins Clark et Alafair Burke (qui ont co-écrit deux romans ensemble, je crois) fondent leur style de façon à ce que le lecteur ne puisse déceler qui a écrit quoi, mais c’est un exercice beaucoup plus difficile et périlleux, dans lequel les co-auteurs peuvent finalement se perdre.
En optant pour la narration à deux voix, on parvient à conserver notre identité d’auteur tout en gardant une vrai cohérence, une vraie unité tant dans l’intrigue que dans le ton. Ça nous permet de l’enrichir de l’univers, des références, du style de notre partenaire pour aboutir à un récit commun très différent de ce qu’on aurait pu écrire seul.

LG : Si nous aimons autant écrire ensemble, c’est parce que nos styles ne sont pas si différents l’un de l’autre au départ. Je me suis beaucoup reconnue dans Raphaël lorsque j’ai découvert ses écrits. Et je pense qu’il serait difficile de faire cohabiter un auteur qui déteste la romance et un autre qui adore ça. Après, il est vrai qu’incarner nos personnages dans un récit à deux voix nous permet des petites spécificités propres à chacun de nous sans que cela soit un obstacle d’écriture. Par exemple, mon charmant partenaire adore placer des expressions bien à lui que je qualifie gentiment de  »ringardes ». Si nous avions choisi d’unifier nos styles pour les fondre en une seule voix, ce genre de détail ne serait pas possible, mais dans nos récits c’est au contraire un plus. Nous pensons que la différence de style est un enrichissement plutôt qu’un problème.

Vous n’êtes ni de la même génération ni du même sexe. C’est clairement un atout pour enrichir le roman, mais n’est-ce pas compliqué de gérer la vision différente que vous pourriez avoir sur le monde ?

RN : Non justement, ça nous permet d’offrir au lecteur la double vision/perception d’une même situation puisque nous sommes chacun porteur du ressenti masculin/féminin de notre personnage. C’est d’ailleurs assez flagrant dans les scènes d’amour qui sont vraiment vécues différemment de part et d’autre.
Et puis, dans notre dernier roman (et contrairement à notre novella), Eric et Mia, les personnages que nous incarnons, ont sensiblement le même âge que nous (et donc une même différence d’âge, 18 ans d’écart dans la vraie vie), ce qui facilite les choses. Ce n’est donc pas trop grave si le mien emploie une expression has been (que s’empresse toujours de relever Laurie lol) ou s’il a des goûts qui peuvent paraître, aux yeux de certaines personnes, démodés (je pense aux films de la Nouvelle Vague, Melville et Alain Delon). Ça fait partie de sa personnalité, elle est raccord avec son âge, la culture dans laquelle il a baigné et qu’il continue d’entretenir.
En revanche, pour notre futur projet littéraire commun, ça risque d’être plus difficile pour moi de me glisser dans la peau d’un ado plutôt idéaliste. Son phrasé, ses centres d’intérêt, ses illusions sur la vie, l’amour, ses blessures et ses manques. Ce sera un vrai rôle de composition.

LG : Non, ce n’est pas compliqué dans le sens où écrire une histoire à deux doit nécessairement être un partage à tous les niveaux, dans l’écriture bien sûr, mais aussi pour tout le reste. Même si on a un avis bien tranché sur quelque chose, il faut accepter la vision de l’autre, essayer de la comprendre. Au final, ce n’est pas différent de n’importe quelle relation amicale. Personnellement, j’aime beaucoup apprendre des autres. Avec Raphaël, j’ai fait de belles découvertes, que ce soit au niveau musical ou cinématographique. Je ne me souviens pas qu’à aucun moment nos différences de vies aient été un problème pour notre duo. Et puis, ce n’est pas comme si nous écrivions des histoires géo-politiques, notre spécialité ce sont les histoires d’amour. Et quoi de plus universel que l’amour ?

Quels sont vos projets littéraires ?

RN : La priorité sera d’abord de trouver un éditeur pour notre dernier bébé, à Laurie et moi : « L’amour à tous les temps », une romance un peu sombre mais très belle, et à laquelle nous croyons beaucoup.
Et puis, nous avons très envie de mêler à nouveau nos plumes tous les deux, pour un troisième projet commun. L’idée est là, il faut juste qu’elle mûrisse un peu et qu’on se laisse suffisamment de temps pour se détacher des héros de notre dernier roman.
De mon côté, en solo, je suis en train de faire une sélection parmi les nouvelles que j’ai écrites pour en faire un recueil (baptisé « Travelling ») afin de le proposer également à l’édition.
Et puis, je vais me replonger dans mon second roman (« Projection privée… »), en chantier depuis quatre ans. Son écriture est difficile mais c’est un récit qui me tient à cœur et j’ai vraiment envie d’aller au bout. Même si ça doit me prendre une dizaine d’années…

LG : Eh bien, continuer la belle aventure qui me lie à Raphaël : finaliser notre dernier projet, en démarrer un autre, et pourquoi pas devenir célèbre (quoi, on peut rêver, non ?). Quant à mes projets solo, j’espère trouver un éditeur à ma série dystopique  »Un sourire », et terminer mon dernier roman  »Mes rêves entre tes mains » auquel je tiens beaucoup.

Voilà! Un grand merci à Laurie et Raphaël, deux auteurs que j’affectionne tout particulièrement pour leur plume et leur personnalité.

Vous pouvez les retrouver et vous procurer leurs ouvrages sur les liens suivants:

Raphaël Nomézine, site d’auteur
Éclats de Vies, roman à quatre mains
Laurie Godichot, page auteur éditeur l’ivre book

Raphaël Nomézine, page auteur éditeur L’ivre book
Éclats de vies sur Babelio

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