Comment éviter les incohérences dans un roman?

Si les incohérences représentent la bête noire de nombreux auteurs, elles sont pour moi une véritable obsession. Je les traque évidemment dans mes romans comme un templier en croisade, mais ne peux plus lire un livre ou regarder un film sans déceler ces failles parfois si grossières que j’en viens à m’interroger sur la relecture du scénario.

La dernière en date m’a laissé un gout amer. Comme beaucoup de fans de SFFF, je me suis déplacé l’an dernier dans les salles obscures pour voir le fameux Star Wars épisode VII. Et si j’avais su à quoi m’attendre, je serai resté chez moi. Je passe les nombreuses erreurs qui se glissent dans ce septième opus pour me concentrer sur la plus grosse supercherie du film.

Kylo Ren joue le nouveau Dark Vador (normal, c’est son petit-fils). Il est très très très fort et motivé par le côté obscur. Dès le départ, on le voit même arrêter à main nu un tir de laser, chose qu’aucun autre Jedi des précédents opus n’avait réalisé. Il s’entraîne depuis des années sous les ordres d’un super méchant et ça se voit.
Pourtant, la petite Rey, fraîchement initiée à la force en mode autodidacte (en gros depuis 5 grosses minutes), lui met une violente fessée vers la fin du film.
Sérieusement! Autant dire que ceux qui n’ont pas trouvé cela incohérent ont tout intérêt à lire la suite de cet article.

Pourquoi les incohérences existent?

La plupart de ces erreurs plus que fatales sont dues à un manque de préparation et à une volonté de plaire aux lecteurs.
Concernant la préparation, je vous invite à lire mon dossier « Ecrire un roman et le publier« . Cela vous éclairera déjà sur le processus qui mène d’une idée de départ au point final du roman.

incohérence scénarioLe plus souvent, les incohérences surviennent lorsque l’auteur se dit soudainement que telle ou telle action pourrait faire le buzz ou être super class! C’est tout a fait normal d’avoir ce genre d’idées. En revanche, si cela vous arrive un jour, ne vous précipitez pas! Demandez vous pourquoi vous êtes autant excité? Peut-être est-ce tout simplement parce que vous ne vous attendiez pas à prendre ce tournant.

Il faut alors se demander si vous le faites pour les bonnes raisons. Ce soudain changement va-t-il enrichir le scénario, surprendre le lecteur, faire pleurer, réjouir…toutes les raisons qui apportent un rebondissement? Sauf qu’une telle scène se prépare à l’avance. Lorsqu’on décide de surprendre, il faut préparer le terrain, chose qui n’arrive pas si on le fait sur un coup de tête.

Évitez donc de vouloir plaire au lecteur en massacrant un de vos personnages principaux ou en rendant un protagoniste soudainement plus fort que les autres. Tout le monde n’a pas le talent de Georges R.R.Matin! Même si son scénario purement shakespearien comporte quelques failles…

Le comportement des personnages

Les personnages de romans, qu’ils soient des sorciers, des enquêteurs-médiums ou des monstres sanguinaires doivent refléter notre réalité. J’entends par là que si vous souhaitez que les lecteurs puissent les identifier, ils doivent coller à une norme comportementale. Un tueur en série modifie rarement son mode opératoire, un chevalier au service du peuple ne devient pas brusquement une brute sans pitié, une jeune rebelle déterminée n’abandonne pas soudainement ses convictions.

Prenez l’exemple de Katniss Everdeen dans la série Hunger Games. Sa force est clairement son caractère solitaire et insoumis et c’est ce qui lui permet de survivre dans ce monde impitoyable. Elle ne s’est jamais laissée contrôlée et, jusqu’à la fin, a su jouer son rôle à merveille.

Les émotions de vos personnages doivent être linéaires sans pour autant devenir ennuyeuses et trop prévisibles. Excepté pour un héros psychologiquement perturbé, il faut bien assimiler le fait que l’être humain exècre le changement et se comportera toujours de la même manière. Certes, les héros le sont justement parce qu’ils sont différents du commun des mortels. Mais seulement dans leurs actes! Ils osent, ils font preuve d’audace. Cependant, un personnage empathique le restera éternellement. Cela s’appelle notre moi intérieur. On ne change pas certains de nos traits de caractère. C’est donc à vous de définir lesquels et de jouer sur les autres.

De même, les dialogues jouent un rôle essentiel dans les incohérences. Une remarque mal placée, un  trait d’humour maladroit, une prise de parole inadéquate, il faut traquer chaque scène comme le ferait un limier.

Les incohérences scénaristiques

Là, c’est pire!
Lorsqu’un personnage présente un comportement inopportun, c’est passager. On est choqué sur le coup, mais ça s’oublie rapidement.
Une incohérence dans l’histoire de votre roman peut s’avérer fatale. C’est pour cela qu’il faut impérativement faire un plan de votre roman comme je l’explique dans mon dossier.

aigles seigneur des anneauxTolkien, qui demeure pourtant un des maîtres du roman d’heroic fantasy, m’a déçu sur ce point. Attention, il reste un mentor littéraire!
Cependant, lorsqu’on sait Gandalf capable d’appeler plusieurs fois des aigles géants pour traverser le monde (dans Bilbo et dans le Seigneur des anneaux), on se dit qu’il aurait été plus simple de le faire dès le départ pour éviter à Frodon de se taper une galère sans nom dans le Mordor. Ces alliés ailés représentent donc selon moi une des plus grosses incohérences de son scénario, avec un doux parfum de deus ex machina.

Pour évitez ces erreurs, vous devez poser sur papier les points clés de votre histoire (batailles, morts, victoires, retournements de situation, découvertes, échecs…). Vous les confrontez les uns aux autres pour vérifier que tout colle. Réfléchissez à l’impact qu’aura chaque action majeure sur les personnages et sur le monde dans lequel ils évoluent.

Le Deus Ex Machina

Cette locution latine fait référence à une intervention divine inattendue pour dénouer une situation critique.
incohérence scénarioDans une récit, il s’agit souvent d’un point final magistral où un être surpuissant déclenche son pouvoir brusquement alors que personne ne s’y attendait.
On ne vas pas se mentir! Lorsque l’auteur n’a pas bien préparé son histoire et ne sait plus trop comment s’en sortir, il utilise le deus ex machina pour clore le roman et c’est désastreux. Certains, comme expliqué plus haut avec Tolkien, l’utilise plusieurs fois dans un récit.

En gros, pour éviter une fin incohérente, on fait un bon gros déluge divin et on repart à zéro.
La série Lost, pourtant magnifiquement réalisée, est un exemple de deus ex machina détourné où on inverse le processus en effaçant toute l’ardoise des intrigues incohérentes avec une pirouette « tour le monde est mort ».

Méfiez vous donc de ces erreurs qui gâchent un roman et laissent un gout amer.
Et pour les éviter, préparer bien votre roman.

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