Ecrire sur la mer 01: les grades sur les navires

De nombreux romans, notamment en SFFF, mettent en scène des personnages évoluant sur des navires, en mer ou dans l’espace. Ravage, une lectrice du blog, m’a proposé récemment d’écrire un article sur le sujet pour éviter les incohérences et confusions. la mer, c’est ma vie et mon métier, je vais donc essayer de vous éclairer sur le sujet.

Les différentes marines

Parce que ce serait trop simple, tous les navires ne sont pas gérés de la même manière. Certes, il y a toujours la notion de hiérarchie et de scission entre le commandement et l’équipage, mais les règles sont différentes selon les marines.

La marine marchande ne fonctionne pas comme la marine nationale et la piraterie du 17ème est encore différente. Je vais développer ces trois points.

Petite parenthèse en passant: évitez de placer des capitaines ou des majors de 16 ans comme Luc Besson l’a fait dans son film Valérian. C’est ridicule et tellement éloigné de la BD. Si votre perso a un grade élevé pour son âge, il faut le justifier par une expérience hors du commun ou tout autre explication. Fin de la parenthèse!

La marine nationale

Ce qui est bien avec l’armée, c’est que rien n’est jamais simple.
Car si les grades sont encadrés et régis par une instruction réglementaire, ils ne reflètent pas toujours les responsabilités des marins. En effet, une phrase bien connue des « matafs » est « la fonction prime le grade« . Cela signifie qu’un militaire peut parfois commander un autre qui aura pourtant un grade supérieur.
Disons que ce cas-là ne se présentera pas dans votre roman.

Voici donc les grades de la marine nationale française:

Vous noterez une particularité: grade et appellation. J’explique!

Le grade est comme un niveau dans la hiérarchie militaire. Ils sont parfois longs et pompeux. C’est là que l’appellation entre en scène. Les amiraux, quels que soient leurs grades, seront tous appelés « amiral » lorsqu’on s’adressera à eux. De même qu’un enseigne de vaisseau de 1ère classe sera appelé « lieutenant ».

Compliquons un peu le jeu! Comme je l’ai dit plus haut, la fonction prime le grade.
Donc, si un marin du grade « lieutenant de vaisseau » commande un navire, on ne l’appellera pas « capitaine » comme le veut l’instruction, mais « commandant », car il commande un bâtiment.

En revanche, les trois grades d’officiers supérieurs sont tous appelés « commandant ». Cela ne signifie en rien qu’ils commandent un navire. Il s’agit simplement d’une appellation liée à leur grade.

Oui! Je sais…

Allez! On va jouer encore un peu.

La marine nationale est une vieille école bourrée de tradition, de marin en escale, d’anecdotes qui feraient pâlir le plus aguerri des routiers. Et toutes ces années de vie à bord ont engendré des « surnoms ». Il s’agit d’appellations non officielles, mais pourtant très présentes à bord des navires. Je ne vais pas détailler avec vous les explications, mais juste vous donner l’équivalent par grade lorsqu’elles existent. Je vais y rajouter les surnoms liés aux différentes fonctions à bord.

  • matelot: mousse
  • quartier-maitre de 2ème classe: crabe
  • quartier-maitre de 1ème classe: chouffe (ou chouf)
  • seconde-maitre maistrancier: fife
  • second-maitre: chef
  • maitre: patron
  • premier-maitre: patron
  • maitre-principal: cipal
  • major: major
  • aspirant: aspi
  • lieutenant: lieute
  • Pour les autres officiers, l’équipage les nomment souvent par leur nombre de galons (le « trois galons », le « quatre galons »…), mais jamais en leur présence, car c’est irrespectueux.
  • Seul le capitaine de vaisseau à une autre appellation: le « cap de veau » ou le « cinq plein ».

 

  • pacha: commandant du navire
  • la cuisse: le cuisinier
  • boom: artilleur
  • près [prèze]: président du carré des officiers mariniers (le près est réputé plus fort que Chuck Norris!!!)
  • bidou: le plus jeune du carré (il souhaite les anniversaires et autres joyeusetés)
  • motel: il sert les officiers
  • Croc [croque]: commissaire des armées spécialisé en administratif, droit, finances…
  • le maille ou chef Maille: chef machine
  • le sorcier: médecin du bord

Dernières précisions liées aux grades et aux fonctions:

Un commandant d’une flotte de plusieurs navires pourra être amiral
Un commandant de porte-avions sera capitaine de vaisseau
Un commandant de frégate sera capitaine de vaisseau ou capitaine de frégate
Un commandant d’aviso ou d’unités équivalente sera capitaine de frégate ou capitaine de corvette
Un commandant de petite unité sera lieutenant de vaisseau.
Les plus petites unités pourront être commandées par des majors, seuls sous-officiers pouvant accéder à ce privilège. C’est relativement rare.

Voilà! Je m’arrête là pour la marine nationale française.
Il y a énormément d’autres surnoms et subtilités. Je vous ai seulement livré les plus répandues ce qui devrait vous permettre de créer votre équipage.

La marine marchande

Moins hiérarchisée que la marine nationale, elle n’en demeure pas moins régie par le respect des grades.
La marine marchande, tout comme sa grande sœur la Royale, disperse ses marins sur différents navire. On retrouvera donc des ferrys, paquebots, baliseurs, remorqueur, cargos, pétroliers, porte-conteneurs, pilotines portuaires…

La mise en œuvre d’un navire de commerce nécessite moins de rôles que celle d’un navire de guerre. En effet, il n’y a pas d’armes, de sonars, de matériels spécialisés. La mission de ces navires est de se rendre d’un port à un autre. Il s’agit donc de navigation pure.

  • le matelot: on l’appellera par son prénom ou son nom (précédé ou non de monsieur ou madame selon l’officier). Il peut travailler sur le pont ou en machine.
  • officier mécanicien, second mécanicien et chef mécanicien: ils sont responsables de la propulsion dans un ordre hiérarchique évident.
  • lieutenant au pont: chef de quart en passerelle, c’est lui qui dirige le navire et donne les ordres de manœuvre.
  • second capitaine: il assiste le capitaine du navire
  • capitaine: surnommé « le tonton », il est le seul maître à bord après Dieu.

Il n’y a pas grand chose d’autre à rajouter sur la marine marchande. Il s’agit là de commerce mettant en œuvre des équipages réduits. Certain cargos de 80m de long n’ont que 6 marins à bord. Les plus gros en ont rarement plus de 25 et mesurent pourtant près de 400m.

La piraterie

Bon! C’est bien évidemment l’aspect maritime le plus grisant et peut-être celui que vous attendiez toutes et tous.

La piraterie, c’est un monde bien à part très éloigné de l’univers dépeint par Disney avec le célèbre charmeur Jack Sparow. Pour bien s’imprégner de cet univers hors du commun, il faut se documenter. Un bon point de départ serait de regarder la série Black Sails qui mêle parfaitement réel et fiction puisque certains personnages sont empruntés à Stevenson. D’ailleurs, lire L’île au trésor semble essentiel à qui souhaite écrire sur les pirates. Je ne conçois même pas qu’on puisse écrire sur le sujet sans ça! Les BD Long John Silver et Le sang du dragon sont également de bonnes bases.

Pour la suite, on parlera plutôt de fonction et non de grades. La piraterie n’est pas hiérarchisée comme les marines conventionnelles. Elle possède un code strict et ce sont les compétences qui priment. C’est de tout de même amusant de constater que les pirates ont peut-être créé un système plus égalitaire que celui de l’armée…

  • Le capitaine: élu à la majorité par l’équipage, il ne devait sa place qu’à sa capacité à ramener du butin.
  • Le quartier-maître: élu lui aussi par l’équipage, c’est un peu le second capitaine. On le nomme parfois maître d’équipage. Il fait appliquer les ordres du capitaine.
  • Le navigateur: sans nul doute l’homme le plus instruit à bord. Il sait utiliser les outils de navigation et s’assure de la route.
  • Le charpentier: homme d’équipage essentiel présent sur les plus gros navires pirates.
  • Le bosco: il gère le stock et s’assure de l’état du gréement (voiles et mâts).
  • Le cuisinier: on le nomme le coq et il s’agit souvent d’un pirate blessé ne pouvant plus être utile sur le pont
  • Le chirurgien: très rare d’en avoir un sur un navire pirate.
  • Le maître canonnier: il s’assure de l’entretien des canons et entraine les hommes pour la bataille.

Le nombre de membres d’équipage dépend du type de navire. Il en existait de toutes sortes: du brigantin à la caravelle en passant par le trois-mâts goélette et la caraque. J’écrirai un article sur les navires prochainement.

A prendre en compte!

Quel que soit la navire et la marine d’appartenance, le marin obéit généralement à la hiérarchie non pas parce qu’il est un mouton, mais parce qu’il sait que sa vie en dépend, car la mer est dangereuse.

Pour votre récit, il faudra également prendre en compte l’époque. De nos jours, la valeur d’un homme compte peu dans son ascension. Ce sont rarement les meilleurs qui dirigent, mais les plus habiles à satisfaire les institutions ou ceux qui ont les bons contacts. Dans une période où les batailles navales sont quasi inexistantes, il n’est plus vital d’avoir de bon marins aux commandes. Il faut de bons exécutants.
Il s’agit d’un élément qu’il faut vraiment retenir! J’insiste sur ce point, car la cohérence de vos personnages en dépendra. Un bon commandant est avant tout un marin, un homme qui comprend la mer.

Je vous parlerai du marin, de l’homme, dans un prochain article.

 

4 commentaires sur « Ecrire sur la mer 01: les grades sur les navires »

  1. Merci d’abord pour ce nouvel article et merci après pour cet article très détaillé qui répond parfaitement à mes attentes. J’avais oublié de te le dire la dernière fois, mais quand tu auras lu Ravage n’hésite pas à me donner ton impression sur le livre.

    J'aime

  2. Je voulais juste ajouter comme tu citais Louis Stevenson, moi j’aimerais citer un très bon livre qui ne parlait pratiquement que de la mer, des marins, des navires et des grades, tu dois sûrement le connaître, il s’agit de La Révolte du Bounty. Je ne sais plus exactement quelle version j’avais lue mais je suis pratiquement sûre que ce n’est pas celle de Jules Verne, quoiqu’elle existe, par conséquent ça doit sûrement être celle de Charles Nordoff même si je n’en suis pas sûre car cela fait assez longtemps que je l’ai lu. Quoiqu’il en soit, je trouvais que c’était un assez bon livre qui parlait assez bien de ce sujet là (d’après mes souvenirs). Voilà, c’était juste pour passer l’info.

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s