Ecrire sur la mer 03: relief et atmosphère

La mer est vivante! Elle est bien plus qu’un paysage à perte de vue. Son relief change sans cesse et l’atmosphère qu’elle dégage est unique. Pour imprégner le lecteur de cette sensation, il est primordial de bien comprendre l’élément du Déluge.

Une entité vivante

La première raison qui me pousse à affirmer que la mer est vivante est scientifique et irréfutable. Les océans regorgent d’une faune et d’une flore dix fois plus vaste que celle présente sur terre. Et nous ne connaissons à l’heure actuelle que la partie émergée de l’iceberg. C’est un écosystème bien plus complexe que celui dans lequel évolue l’homme qui gît sous la surface des flots. Il s’agit donc bien d’une entité vivante dans son ensemble.

L’autre raison est plus ésotérique et vient du coeur. Tout marin vous le dira: la mer est vivante. J’ai écrire dans mes ouvrages qu’il s’agit d’ailleurs d’une cruelle maîtresse, car elle vole trop souvent les époux aux femmes restées sur les quais.

Les différentes mythologies ont d’ailleurs souvent personnifié la mer. Au fil des âges, le panthéon des dieux n’a eu de cesse de se développer. Amphitrite, Poséidon, Neptune, Glaucos, les nymphes, les naïades, Théthis, Njord…ils sont innombrables et ont inspiré les marins pendant des siècles.
De nos jours, seules les superstitions persistent, attitude emprunte de respect vis-à-vis de la puissance de la mer.

Un relief en mouvement permanent

Tout d’abord, il faut savoir que trois facteurs influencent ce mouvement: le vent, les courants et les fonds marins.
Pour faire simple, lorsque le courant porte dans un sens et le vent dans l’autre, la houle se lève naturellement. Il s’agit là de deux forces qui s’opposent. La Bretagne (ben oui!) est une des régions maritimes où les coefficients de marées sont les plus élevés. Entendez par là que la mer descend très bas et monte très haut. Cela engendre inévitablement de forts courants que le vent de nord-ouest aime affronter.

Pour les fonds, le golfe de Gascogne est le parfait exemple d’une zone houleuse. L’océan Atlantique a une profondeur moyenne de 4000m et le Golfe de Gascogne doit avoisiner les 200m. Imaginez une masse d’eau gigantesque qui se déplace de l’ouest vers l’est sur une hauteur de 4000m et qui vient s’écraser sur un mur de 3800m de haut. Elle passe donc par-dessus ce mur et génère ainsi une forte houle. C’est encore de la physique!

Revenons maintenant au coeur du sujet pour une explication plus adaptée aux romans.

Il faut comprendre que le paysage maritime varie sans cesse à cause du relief. Par beau temps, la mer peut être « d’huile », comme un lac. Dès qu’une brise se lève, elle commence à se rider. Ces situations sont assez rares sur nos côtes. La plupart du temps, une houle courte de 1 m est présente au minimum. On nomme cela une mer peu agitée.
L’échelle Douglas répertorie cette évolution et l’échelle Beaufort celle du vent.

La plupart du temps, la surface des flots semble chaotique. Son mouvement apparaît comme n’obéissant à aucune loi et pourtant, un certain recul (ou de la hauteur) vous permettra d’observer une cohérence. Sur quelques mètres, c’est effectivement le chaos. Mais sur une échelle plus grande, on peut déceler un mouvement plus imposant qui déplace l’ensemble dans une direction bien précise. C’est en cela que la mer est fantastique. Son relief dépend de la position de l’observateur.
Sur un petit canot breton, sur une navire de pêche ou sur un cargo, chaque marin aura une vision différente. Apprécier ce relief dans son ensemble demande de la patience et de l’attention.

Lorsqu’on observe avec précision la surface, on verra des déchirures, des crêtes qui s’enroulent sur elles-mêmes ou s’évanouissent dans les profondeurs, des creux, des embruns qui s’envolent, des vagues qui naissent et qui meurent.

Et pour affronter cette immensité, la terre n’est pas en reste. La côte regorge de récifs prêts à contrer la houle. Ils résistent d’ailleurs à ses assauts et à ceux du vent depuis des millénaires. Mais pas sans conséquences. Un observateur attentif décèlera une inclinaison répétitive sur les rochers qui enveloppent les îles. C’est là la preuve de la brutalité des éléments.

Des teintes sans limite

Le relief de la mer ne serait rien sans cette multitude de teintes que nous offre la nature. Dans nos latitudes, le bleu et le vert prédominent dans des nuances impossibles à répertorier. Selon la couverture nuageuse et la nature des fonds, la surface prend des aspects d’émeraude ou de saphir. Quand elle ne tend pas vers le kaki et le brun lors des orages!

Dans les zones tropicales, la transparence due à une flore moins répandue et un brassage plus léger permet d’observer le sable dans les haut-fond. Il n’est pas rare d’obtenir des teintes plus orangées ou un bleu parfaitement azuré.

Une atmosphère unique

Naviguer n’est comparable à aucune autre activité.
Outre le sentiment de plénitude qui nous envahit, il y a une atmosphère unique, une impression de renaissance. Sur l’eau, la société n’a plus aucune emprise sur nous, les Etats peinent désormais à exercer leurs droits iniques ce qui aurait ravi le capitaine Nemo puisque je le paraphrase actuellement (lire 20000 lieues sous les mers!!!).

Vous comprendrez aisément l’atmosphère unique qui règne au large. Pas de réseau (sociaux aussi d’ailleurs!), pas de bruit autre que celui des flots qui s’écrasent contre la coque et du vent qui siffle dans le gréement, pas de nuisances, pas de patron, pas d’enfants, pas de parents! Rien que nous et l’immensité maritime!
C’est quand on se retrouve sur l’eau et que la terre a totalement disparu à l’horizon qu’on comprend mieux l’aspect vivant de la mer.

Rajoutez à cela l’air iodé qui emplit vos poumons, un air pur loin de la pollution des cités, et vous obtenez le paradis.
C’est pourquoi, quand le Captain Paul Watson affirme « Si l’océan meurt, nous mourons », il faut le prendre au sérieux. J’ai eu l’occasion d’échanger brièvement avec lui et son inquiétude est aussi sincère que réelle.

L’océan est le seul espace de liberté sur notre planète.
Préservons-le!

 

 

 

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